Ferrari quitte l'asphalte
Une Ferrari, ça roule. L'idée semblait gravée dans le marbre rouge de Maranello. L'Hypersail la fait voler en éclats. La marque s'engage dans un projet nautique d'envergure, loin de ses circuits et de ses routes alpines.
Ce n'est pas un simple exercice de communication. Ferrari mobilise ses ingénieurs, ses designers et son savoir-faire en matériaux composites pour bâtir un voilier de course océanique. L'objectif affiché : prouver que l'ingénierie née de la F1 et des GT peut traverser l'eau.
Le quotidien économique Il Sole 24 Ore a présenté le projet comme l'une des diversifications les plus audacieuses de l'histoire récente de la marque. Ferrari ne fabrique pas un bateau de plaisance. Elle construit un laboratoire flottant.
D'autres constructeurs de prestige ont déjà flirté avec le nautisme, le plus souvent via des partenariats de marque ou des yachts de luxe griffés. L'Hypersail change d'échelle. Ici, Ferrari ne prête pas son logo à un chantier extérieur : elle engage ses propres équipes d'ingénierie dans la conception d'un objet de compétition. La nuance est de taille.
Un monocoque 100 % volant
Au cœur du projet, un monocoque de 100 pieds, soit environ 30,5 mètres. Le terme technique compte : « full-foiling ». La coque ne touche plus l'eau une fois lancée. Elle se soulève entièrement sur ses foils, ces appendices immergés qui jouent le rôle d'ailes sous-marines.
Les dimensions donnent le vertige. Le mât culmine à près de 40 mètres, le bau approche les 20 mètres. À pleine vitesse, l'engin ne navigue plus : il plane au-dessus de la surface, réduisant la traînée à presque rien.
Cette architecture « 100 % volante » reste rare. Elle exige une maîtrise extrême de l'équilibre, de la rigidité structurelle et du contrôle en temps réel. Autant de domaines où Ferrari estime que son expérience de la compétition automobile fait la différence.
Faire voler une coque de 30 mètres n'a rien d'évident. Plus l'engin est long, plus les contraintes structurelles explosent. Les foils doivent supporter des charges énormes tout en restant fins pour limiter la traînée. Le moindre défaut de calcul, et la structure casse ou la coque retombe lourdement. C'est précisément cette frontière de l'ingénierie que Maranello veut repousser, comme elle le fait sur ses monoplaces depuis des décennies.
L'ADN supercar transposé en mer
Tout l'enjeu tient en une phrase : transposer l'ADN supercar à la haute mer. Concrètement, cela passe par trois piliers que Maranello connaît par cœur.
L'aérodynamique d'abord, déplacée vers l'hydrodynamique des foils et l'écoulement de l'air sur les voiles. Les matériaux ensuite : carbone, composites haute performance, structures allégées héritées des monoplaces. La télémétrie enfin, qui truffe le voilier de capteurs pour analyser chaque paramètre en temps réel, exactement comme un stand de Grand Prix. Tension des câbles, angle des foils, pression sur les voiles, déformation de la structure : chaque donnée remonte, est traitée, puis réinjectée dans les réglages. C'est l'esprit du stand de F1 appliqué à la voile.
Le design n'est pas confié à un inconnu. C'est Flavio Manzoni, responsable du design Ferrari, qui supervise les lignes, épaulé par l'architecte naval Guillaume Verdier. Le mariage d'une signature automobile et d'une expertise océanique de pointe.
Le rôle de Verdier mérite d'être souligné. L'architecte français figure parmi les noms les plus respectés de la conception de voiliers à foils, avec un palmarès bâti sur les grandes courses océaniques. Sa présence garantit que l'Hypersail ne sera pas un caprice de styliste, mais un bateau pensé pour naviguer vite et longtemps. Manzoni habille, Verdier fait voler.
Qui pilote le projet (et le départ de Soldini)
L'histoire de l'Hypersail a déjà ses rebondissements. Le projet a été initié par le navigateur italien Giovanni Soldini, figure majeure de la voile transocéanique. Son nom a longtemps été associé à l'aventure.
Mais Soldini a quitté le projet début avril 2026. Son départ, commenté par la presse spécialisée, a rebattu les cartes de la direction technique. Le voilier qu'il avait contribué à imaginer poursuit sa route sans lui.
La barre revient désormais à Enrico Voltolini, nouveau Project Leader. C'est lui qui pilote aujourd'hui le développement et la mise au point. Le portail nautique Pressmare a relayé ce changement de gouvernance, qui marque une nouvelle phase pour l'Hypersail.
Le calendrier et les inconnues
Le programme s'annonce serré. La mise à l'eau, prévue au chantier de Pise, n'interviendra pas avant septembre 2026. Les premiers essais en mer suivront dans la foulée.
Plusieurs inconnues demeurent. Un monocoque entièrement volant de cette taille reste un défi d'ingénierie : stabilité, fiabilité des foils, comportement par mer formée. Les essais diront si le transfert de technologie automobile tient ses promesses sur l'eau.
Le choix de Pise n'est pas anodin non plus. La Toscane abrite un tissu de chantiers et de bureaux d'études navals de premier plan, à courte distance de Maranello. Ferrari peut ainsi superviser de près une construction sensible, tout en gardant ses ingénieurs automobiles dans la boucle. La proximité géographique facilite les allers-retours entre l'usine et le bassin.
Ferrari reste discrète sur les objectifs sportifs finaux. Records, courses, démonstrations technologiques : la marque entretient le mystère. Le site officiel Ferrari cadre l'Hypersail comme un projet d'innovation avant tout, vitrine d'un savoir-faire transposable.
Un dernier point intrigue les observateurs : que retiendra Maranello de cette aventure pour ses voitures ? Les ingénieurs nautiques travaillent sur des matériaux ultralégers, des systèmes de contrôle actif et des modèles de simulation poussés. Tout cela pourrait nourrir, en retour, les futures supercars. L'Hypersail serait alors moins une parenthèse qu'un aller-retour technologique entre la route et la mer.
| Élément | Caractéristique |
|---|---|
| Type | Monocoque « full-foiling » (100 % volant) |
| Longueur | 100 pieds, soit ~30,5 m |
| Mât | ~40 m |
| Bau | ~20 m |
| Design | Flavio Manzoni (Ferrari) |
| Architecte naval | Guillaume Verdier |
| Initiateur | Giovanni Soldini (parti en avril 2026) |
| Project Leader actuel | Enrico Voltolini |
| Mise à l'eau | Pas avant septembre 2026, chantier de Pise |
FAQ
Qu'est-ce que le Ferrari Hypersail ?
C'est un voilier monocoque de course de 100 pieds (environ 30,5 m), entièrement porté par ses foils, conçu par Ferrari pour transposer en mer l'ingénierie de ses supercars.
Giovanni Soldini dirige-t-il toujours le projet ?
Non. Soldini a initié l'Hypersail mais a quitté le projet début avril 2026. La direction est désormais assurée par Enrico Voltolini comme Project Leader.
Qui a dessiné le voilier ?
Le design est signé Flavio Manzoni, responsable du design Ferrari, en collaboration avec l'architecte naval Guillaume Verdier.
Quand le bateau sera-t-il mis à l'eau ?
La mise à l'eau au chantier de Pise n'est pas attendue avant septembre 2026, avec des essais en mer prévus dans la foulée.
Pourquoi Ferrari se lance-t-elle dans la voile ?
Pour démontrer que son savoir-faire en aérodynamique, matériaux composites et télémétrie, issu de l'automobile, peut s'appliquer à un voilier de haute mer.
