Pourquoi ce nom : Luce plutôt qu'Elettrica
Pendant trois ans, la première voiture électrique de Ferrari s'était appelée « Elettrica » dans les documents internes et la presse spécialisée. Ce nom, trop littéral, faisait consensus contre lui à Maranello. Benedetto Vigna, PDG depuis 2021, a annoncé en février 2026 le choix définitif : « Luce ». Un mot italien pour « lumière », qui fait écho à la première Ferrari 250 GT Coupé Speciale de 1954 baptisée pour un dignitaire du même nom, et qui refuse la surenchère technologique pour privilégier une notion sensorielle. Un choix qui en dit long sur le repositionnement voulu : une GT, pas une supercar ; une nouvelle référence, pas une variation.
Architecture : ce que Ferrari a mis dans le châssis
La Luce est une GT quatre places (2+2) construite sur une plateforme dédiée développée depuis 2021 à Maranello. Elle abandonne le format 2 places long des berlinettes historiques. Quatre moteurs équipent le châssis : deux à l'arrière (un par roue, permettant le vectoriel de couple électronique intégral), deux à l'avant. Puissance combinée maximum : plus de 1 000 chevaux, dans un mode « Full Power » activable via la manette Manettino inspirée des SF90 et 12 Cilindri.
La batterie de 122 kWh (utile, capacité brute non communiquée) est logée dans le plancher central, à architecture 800 volts. Ferrari annonce une capacité de charge rapide continu de 350 kW — soit une récupération 10-80 % en environ 21 minutes sur une borne Ionity ou équivalent. Sur une prise domestique 22 kW AC, une charge complète prend un peu plus de 6 heures. L'autonomie WLTP annoncée est de 530 kilomètres, soit approximativement 420-460 km dans un usage GT réel selon les premiers essais Motor1 et Auto Sprint.
Performances : 0-100 en 2,5 secondes, mais pas une supercar
Ferrari revendique un 0-100 km/h en 2,5 secondes et une vitesse maximale de 310 km/h. Comparaison utile : la SF90 XX Stradale annonce 2,3 s et 320 km/h ; la 12 Cilindri thermique V12 annonce 2,9 s et 340 km/h. La Luce se situe donc au-dessus de la référence V12 en accélération pure mais reste en retrait des supercars hybrides récentes de Maranello.
La différenciation ne se joue pas là. Ferrari a beaucoup travaillé sur le son : la Luce dispose d'un système de « composition sonore » actif, générant une signature auditive à partir des paramètres réels du groupe motopropulseur (rotation moteur, appel de couple, sollicitation frein régénératif). Ce n'est pas un son « fake V12 » — l'équipe design a explicitement refusé cette voie — mais une signature propre à l'électrique Ferrari, développée avec le studio son Casella Postale à Milan.
| Modèle | Puissance | 0-100 km/h | Autonomie WLTP | Prix (indicatif) |
|---|---|---|---|---|
| Ferrari Luce | 1 000+ ch | 2,5 s | 530 km | 550 000 € |
| Porsche Taycan Turbo GT | 1 108 ch | 2,2 s | 555 km | 238 000 € |
| Lucid Air Sapphire | 1 234 ch | 2,0 s | 687 km (EPA) | 274 000 $ |
| Rolls-Royce Spectre | 585 ch | 4,5 s | 530 km | 398 000 € |
| Ferrari 12 Cilindri (V12) | 830 ch | 2,9 s | — | ~430 000 € |
Le prix et la stratégie de rareté
550 000 € au tarif catalogue européen (Italie, France, Allemagne). Pour comparaison, une Ferrari 12 Cilindri en leasing se situe autour de 6 985 €/mois. La Luce ne sera pas produite en série limitée — Ferrari refuse ce format pour ses premières lignes électriques — mais bénéficiera d'une allocation contrôlée par le carnet client historique. Aucun quota officiel n'est communiqué, mais des sources internes évoquent 800-1 200 unités par an, montée en puissance sur 3 ans, avec priorité aux collectionneurs multi-Ferrari.
Les livraisons européennes démarrent en octobre 2026, États-Unis en janvier 2027, Asie-Pacifique à partir de mars 2027. Les premières commandes 2026 sont déjà en liste d'attente fermée depuis fin juin. Le tarif final peut monter à 700-750 000 € selon la personnalisation Tailor Made (peinture, sellerie, marquages).
Le sens de la Luce pour Ferrari : coexistence, pas succession
Ferrari a régulièrement rappelé que la Luce n'est pas la fin du V12. Le 12 Cilindri thermique continuera sa carrière commerciale jusqu'à au moins 2030, comme confirmé par Benedetto Vigna à Salone del Mobile Milano en avril 2026. La stratégie annoncée : coexister thermique + hybride + électrique, avec une prévision commerciale interne de 40 % de ventes purement électriques d'ici 2030 et 55 % en 2033. La Luce ouvre la voie à une gamme électrique appelée à s'élargir : Roma EV en 2027, un SUV Purosangue EV en 2028, et une berlinetta EV en 2029-2030.
Le vrai risque : l'écosystème charge sur les longs trajets
La proposition GT est claire : la Luce doit pouvoir enchaîner Milan-Monaco-Saint-Tropez sur une matinée. Sur le papier, 530 km d'autonomie et 21 minutes de charge sur Ionity 350 kW suffisent. En pratique, la disponibilité des bornes ≥ 300 kW sur l'axe méditerranéen français reste inégale : Chargemap recensait en juin 2026 environ 92 sites 350 kW opérationnels entre Milan et Marseille contre 340 sites 150 kW. Une Luce qui charge sur du 150 kW passe à 30-32 minutes par arrêt — ce n'est plus vraiment de la GT.
Notre verdict d'anticipation
La Luce sera jugée sur sa capacité à générer une émotion sensorielle propre — pas sur ses chiffres. Ferrari a compris qu'aligner de la puissance ne suffisait plus à définir une GT électrique premium (Lucid, Porsche, Rimac l'ont prouvé). Le pari du son composé, du châssis à quatre moteurs indépendants, et du refus de la surenchère 1 500+ chevaux est un pari cohérent. Réussi ? On le saura seulement quand la Luce enchaînera 500 km d'un Milan-Genève sans que le conducteur se demande où passer la prochaine borne rapide.
FAQ
La Ferrari Luce est-elle éligible au bonus écologique en France ?
Non — le bonus écologique 2026 est plafonné à 47 000 € prix catalogue. Un bonus batterie limité aux véhicules produits en EEE existe mais ne s'applique pas non plus au tarif Luce.
Peut-on encore commander une Luce pour livraison 2026 ?
Non. Le carnet 2026 est fermé depuis fin juin. Les nouvelles commandes reçoivent une allocation potentielle 2027, priorité clients Ferrari existants.
Y aura-t-il une version XX ou compétition de la Luce ?
Aucune annonce officielle Ferrari mais des sources internes évoquent une version « Corsa Speciale » électrique circuit pour 2028, dans la lignée du programme XX historique.
Quelle est l'autonomie réelle en usage GT rapide ?
Les premiers essais Auto Sprint et Motor1 sur circuit + route mixte donnent 420-460 km. À vitesse autoroutière constante 130 km/h, l'autonomie descend à 350-380 km. La consommation moyenne mesurée est de 21-23 kWh/100 km.