Trois critères, trois listes — et aucune définition officielle
Aucune définition juridique ou administrative de « constructeur français » n'existe, et cette absence explique pourquoi les listes de marques françaises de luxe divergent toutes. La Plateforme automobile, la PFA, rassemble la filière en France avec 4 000 entreprises et 400 000 emplois. Elle ne fixe pas cette définition, et l'administration non plus.
Le vide n'est pas un détail de vocabulaire. Deux classements sérieux du « luxe automobile français » peuvent ne pas contenir les mêmes marques sans que l'un des deux se trompe.
Trois critères circulent, et chacun produit sa propre liste. Le siège social, c'est-à-dire l'adresse d'immatriculation au registre. Le lieu de production, c'est-à-dire l'usine où sortent les voitures. La nationalité de l'actionnaire de contrôle, c'est-à-dire qui décide.
Prenez Bugatti. Siège en Alsace, usine en Alsace, capital détenu depuis le 9 septembre 2026 par un consortium mené depuis New York. Française sur deux critères, étrangère sur le troisième.
Prenez Aixam, à l'autre bout du spectre de prix. Siège à Aix-les-Bains, production française, capital américain depuis 2013. Même configuration, autre segment.
Notre position est simple. Pour parler de patrimoine industriel, le critère honnête est le lieu de production. Pour parler de pouvoir de décision, c'est le capital. Confondre les deux produit les articles trompeurs que l'on lit partout.
Bugatti : française par le siège et l'usine, étrangère par le capital
Bugatti Automobiles S.A.S. est immatriculée en France depuis le 15 décembre 2000, sous le SIREN 433 873 437. C'est une société par actions simplifiée, code NAF 29.10Z, à l'état administratif actif. Son capital, lui, n'est pas français.
L'adresse au registre mérite une précision que personne ne fait : 1 Château Saint-Jean, 67120 Dorlisheim. La commune est Dorlisheim, dans le Bas-Rhin, et non Molsheim stricto sensu, même si Bugatti et la presse écrivent systématiquement « Molsheim ». Dire que la marque est installée à Molsheim, en Alsace, reste juste ; l'écrire comme un fait juridique de domiciliation ne l'est pas.
L'actionnariat a changé le 9 septembre 2026, et toute source antérieure est périmée. Porsche AG a achevé la cession de l'intégralité de ses participations dans Bugatti Rimac et dans Rimac Group, après obtention des autorisations réglementaires. Les accords avaient été signés le 24 avril 2026.
Avant cession, Porsche détenait 45 % de Bugatti Rimac et 20,6 % de Rimac Group. L'acquéreur est un consortium mené par HOF Capital, à New York, avec BlueFive Capital comme premier investisseur, complété d'institutionnels américains et européens.
Rimac Group, qui détient 55 % de Bugatti Rimac, prend le contrôle de la coentreprise. Conséquence directe et souvent mal rapportée : le groupe Volkswagen n'a plus aucune participation dans Bugatti.
Deux zones d'ombre assumées. Les termes financiers sont restés confidentiels par accord des parties. La répartition détaillée des 45 % repris n'est pas publiée, et nous ne la déduirons pas.
L'outil industriel, lui, reste alsacien et il vient de grandir. Bugatti a inauguré La Manufacture le 2 juillet 2026, dans le domaine du Château Saint Jean. Le bâtiment développe 3 245 m², sur 135 m de long, 25 m de large et 8,7 m de haut. Sa construction a pris moins d'un an, selon le communiqué publié par newsroom.bugatti.com.
On y réalise le pré-assemblage extérieur et intérieur, les contrôles qualité, le polissage et la peinture. L'Atelier historique conserve l'assemblage final. La capacité passe à 200 véhicules par an, pour une marque qui a livré plus de 1 100 voitures depuis la Veyron en 2005.
Un mot sur la gouvernance, et ce sera un mot de prudence. La direction de Bugatti Automobiles est en cours d'évolution et n'est pas confirmée officiellement. Le dernier communiqué officiel de juillet 2026 et le registre français au 13 septembre 2026 portent un nom. La presse de septembre 2026 en annonce un autre, et aucun communiqué ne tranche. Nous ne citerons donc personne.
Alpine : la seule qui coche les trois cases
Alpine appartient à Renault Group, produit à Dieppe et a son siège en France : elle coche les trois critères. C'est la seule marque de ce panorama dans ce cas.
L'usine s'appelle Manufacture Alpine Dieppe Jean Rédélé. Fondée en 1969, elle comptait 380 salariés au 31 décembre 2025, selon la fiche du site publiée par Renault Group.
Le modèle produit à Dieppe en 2026 est l'Alpine A390, une sport fastback 100 % électrique. Sa production a démarré en 2025, après deux ans de transformation du site et plus de 10 000 heures de formation. L'usine est désormais dédiée aux véhicules électriques.
Deux erreurs circulent, et elles sont symétriques. La première : présenter l'A110 comme un modèle encore assemblé à Dieppe. La production de l'Alpine A110 de deuxième génération s'est achevée en juin 2026, à 28 701 exemplaires depuis 2017. Le total des A110 toutes générations produites à Dieppe depuis 1969 atteint 35 450 unités. L'A110 se raconte désormais au passé.
La seconde : attribuer l'A290 à Dieppe. L'A290 est assemblée à Douai, au sein de Renault ElectriCity. Seules les dix premières A290 Rallye sont sorties de Dieppe, en 2025.
Dieppe prépare la troisième génération d'A110 sur la nouvelle plateforme APP, Alpine Performance Platform. Aucune date de lancement n'est publiée, et nous n'en avancerons aucune.
Sur les volumes, la fiche du site publiée par Renault Group mentionne 2 480 unités pour l'A110 et 599 unités pour l'A390. Le millésime n'étant pas explicité, ces chiffres ne valent que cités ainsi, avec leur source.
Delage : une renaissance qui a livré
Delage a livré ses premières voitures à des clients en décembre 2025, la première étant partie chez un collectionneur américain près d'Atlanta. Cette phrase disqualifie la moitié des commentaires que l'on lit sur la marque.
Le contexte : Delage est une marque historique disparue en 1953. La relance a été décidée en 2019 par Laurent Tapie, avec l'association Les Amis de Delage, propriétaire de la marque.
L'entité juridique s'appelle DELAGES AUTOMOBILES, avec un S — c'est l'orthographe du registre. SIREN 831 464 789, société par actions simplifiée, immatriculée le 18 juillet 2017, code NAF 29.10Z. Le siège est à Nevers, 7 rue du 13e de Ligne, dans la Nièvre, à proximité de Magny-Cours.
L'état administratif est actif au 13 septembre 2026. La vérification BODACC donne six annonces au total, toutes anodines : aucune procédure collective, aucun redressement, aucune liquidation, aucune radiation. Écrire que Delage est en difficulté relève de la rumeur, pas du registre.
Le modèle est la Delage D12, une hypercar. Nous ne chiffrerons ni la production ni le carnet de commandes : aucune donnée sourçable n'existe sur ces deux points.
PGO : l'artisan qui tient
P.G.O. AUTOMOBILES est immatriculée depuis le 25 novembre 1994, sous le SIREN 400 825 758, code NAF 29.10Z. Le siège est à Saint-Christol-lez-Alès, dans le Gard, et l'entité est active.
Le BODACC ne fait apparaître aucune procédure collective. Le dernier acte enregistré est un dépôt de comptes, le 18 janvier 2026. Pour un constructeur artisanal, cette régularité administrative est un signal en soi.
Le site officiel de la marque se présente comme « constructeur automobile français ». Les modèles qu'elle cite sont la Cévennes, l'Hemera et la Speedster II.
Nous ne chiffrons ni la production ni l'effectif. Les volumes annoncés ici et là ne reposent sur aucune publication vérifiable. Un chiffre inventé ne rend pas service à un artisan qui, lui, existe vraiment.
Les disparues
Six marques françaises de voitures de luxe ou de sport ont cessé leur activité, à des dates que la presse mélange régulièrement. Le registre et le BODACC permettent de trancher, entreprise par entreprise.
| Marque | Ce qui s'est arrêté | Date | Entité et statut au registre |
|---|---|---|---|
| Facel Vega | Fermeture définitive de l'entreprise | 31 octobre 1964 ; derniers véhicules assemblés en novembre 1964 | Dissolution intervenue avant la fin de 1964 |
| Panhard | Fusion avec Citroën, puis arrêt du tourisme | Fusion en janvier 1965 ; dernière voiture de tourisme, la Panhard 24, en 1967 | Société ensuite consacrée exclusivement aux véhicules militaires |
| Talbot | Abandon définitif du nom par PSA | Relancé de 1979 à 1994 après le rachat de Chrysler Europe ; abandon en 1994 à l'arrêt du Talbot Express | Nom de marque, non exploité depuis 1994 |
| De La Chapelle | Dissolution anticipée | Décidée en assemblée générale extraordinaire du 23 décembre 2024, effective au 24 décembre 2024 | DE LA CHAPELLE AUTOMOBILES, SIREN 851 150 862 ; radiation publiée au BODACC le 11 décembre 2025 |
| Hommell | Cessation des deux sociétés | Deux entités cessées | AUTOMOBILES MICHEL HOMMELL, SIREN 388 592 412, et SOCIÉTÉ DES AUTOMOBILES MICHEL HOMMELL, SIREN 501 095 558, à Lohéac, Ille-et-Vilaine |
| Exagon | Cessation, sans production de série documentée | Société créée le 1er juillet 2011 ; Furtive-eGT présentée en concept à Paris en 2010, en pré-série à Genève en 2013 | EXAGON MOTORS, SIREN 533 781 894, cessée, siège à Magny-Cours |
Deux cas appellent un commentaire. Xavier de la Chapelle a fondé De La Chapelle en 1975, sur des répliques et des évocations de Bugatti Type 55. Genève les a découvertes en 1978. Un accord conclu en 1990 avec Messier-Bugatti l'autorisait à utiliser le nom Bugatti — détail qui explique bien des confusions ultérieures.
Exagon, ensuite. La Furtive-eGT n'a jamais atteint une production de série documentée. La présenter comme une voiture produite par un constructeur français en activité est faux. Ce raccourci se retrouve pourtant dans beaucoup de listes publiées en ligne.
Les faux amis : Venturi, Hispano-Suiza, Aixam, Ligier, DS
Cinq noms reviennent systématiquement dans les listes de « marques françaises de luxe » sans y avoir leur place. Les raisons diffèrent à chaque fois : nationalité, segment, ou simple homonymie entre deux sociétés.
Venturi d'abord, le cas le plus mal rapporté. Les ingénieurs français Claude Poiraud et Gérard Godfroy ont fondé la marque en 1984, à Couëron en Loire-Atlantique. Elle s'appelait alors MVS, Manufacture de Voitures de Sport. Elle a fait faillite en 2000.
Le 12 juillet 2000, le Monégasque Gildo Pallanca Pastor l'a rachetée. Venturi est depuis une société monégasque, dont le siège est à Monaco — un État souverain, pas une collectivité française.
La production de véhicules routiers s'est arrêtée après la fermeture de son usine d'assemblage dans la Sarthe. L'effectif monégasque a été réduit de moitié, 17 postes sur une trentaine.
Autre correction : l'écurie Venturi Formula E n'existe plus sous ce nom. Elle a été rebaptisée Maserati MSG Racing à partir de la saison 9, en 2022-2023. Ce changement s'inscrit dans un partenariat entre Maserati et le Monaco Sports Group, la structure restant basée à Monaco. L'activité actuelle du groupe s'oriente vers l'exploration spatiale, avec Venturi Space, SARL monégasque constituée en 2024.
Hispano-Suiza ensuite. La marque a été fondée à Barcelone en 1904 : elle est espagnole à l'origine. Sa filiale française de Bois-Colombes, importante, est passée dans le giron aéronautique.
Deux entités revendiquent aujourd'hui le nom. Hispano Suiza Cars, à Barcelone, est dirigée par Miguel Suqué Mateu, arrière-petit-fils du fondateur, avec le modèle électrique Carmen. Hispano Suiza Automobile Manufaktur AG est une société suisse fondée en 2010 par Erwin Himmel et Olivier Boulay. Elle a acquis les droits de la marque auprès de Safran et commercialise le modèle Maguari. Le litige de marque n'est pas tranché, et aucune des deux n'est française.
Aixam est le meilleur cas d'école de notre fil conducteur. AIXAM MEGA, SIREN 328 368 857, code NAF 29.10Z, siège à Aix-les-Bains, est une entité active. Production française, capital américain : la société est détenue par Polaris Industries depuis le 11 avril 2013. Son segment, les quadricycles légers, est par ailleurs à l'opposé du luxe.
Ligier impose une distinction que presque personne ne fait. Deux entités portent ce nom, sans lien capitalistique entre elles. LIGIER GROUP, enseigne MICROCAR, SIREN 712 000 272, est immatriculée depuis le 19 décembre 1985 et active. Son siège est à Abrest, dans l'Allier, et elle produit des voitures sans permis et des utilitaires électriques.
LIGIER AUTOMOTIVE, SIREN 483 276 820, est immatriculée depuis le 30 juin 2005 et active. Son siège est à Magny-Cours, dans la Nièvre, et elle construit des prototypes de compétition. C'est l'entreprise de Jacques Nicolet, née de la fusion d'Onroak Automotive, Tork Engineering, OAK Racing et Sodemo fin 2018. Ni l'une ni l'autre n'est une marque de luxe.
DS Automobiles, enfin. C'est une marque premium, autonome depuis juin 2014 au sein du groupe Stellantis, et non une marque de luxe au sens où Bugatti l'est. La nuance n'est pas cosmétique : les deux ne jouent ni le même prix, ni le même volume, ni le même client.
Sa production s'éloigne par ailleurs de la France. La DS 7 a cessé d'être produite à Mulhouse, son successeur étant assemblé à Melfi, en Italie. Stellantis a confirmé l'arrêt de la fabrication de la DS 3 à Poissy d'ici 2028.
Questions fréquentes
Quelles sont les marques de voiture de luxe françaises ?
Il n'existe aucune définition officielle du constructeur français, ni chez la Plateforme automobile, ni du côté de l'administration. Quatre marques produisent aujourd'hui en France : Bugatti à Molsheim, en Alsace, Alpine à Dieppe, Delage à Nevers et PGO à Saint-Christol-lez-Alès. Si l'on retient le capital, seule Alpine, propriété de Renault Group, est intégralement française.
Bugatti est-elle une marque française ou allemande ?
Ni l'un ni l'autre sans nuance. Bugatti Automobiles S.A.S. est immatriculée en France depuis le 15 décembre 2000, SIREN 433 873 437, et produit en Alsace. Son capital, lui, n'est pas français. Le 9 septembre 2026, Porsche AG a achevé la cession de l'intégralité de ses participations dans Bugatti Rimac et Rimac Group. L'acquéreur est un consortium mené par HOF Capital, à New York. Rimac Group, qui détient 55 % de Bugatti Rimac, prend le contrôle de la coentreprise. Le groupe Volkswagen n'a plus aucune participation dans Bugatti.
Alpine est-elle toujours fabriquée en France ?
Oui, à la Manufacture Alpine Dieppe Jean Rédélé, fondée en 1969 et forte de 380 salariés au 31 décembre 2025. Le modèle produit en 2026 est l'A390, une sport fastback 100 % électrique. La production de l'A110 de deuxième génération s'est achevée en juin 2026, à 28 701 exemplaires depuis 2017. L'A290, elle, est assemblée à Douai au sein de Renault ElectriCity, et non à Dieppe.
Delage existe-t-elle encore ?
Oui. L'entité DELAGES AUTOMOBILES, SIREN 831 464 789, immatriculée le 18 juillet 2017 et installée à Nevers, est active au 13 septembre 2026. Le BODACC ne fait apparaître aucune procédure collective. Les premières livraisons clients de l'hypercar Delage D12 ont démarré en décembre 2025, la première étant partie chez un collectionneur américain près d'Atlanta.
DS est-elle une marque de luxe française ?
DS Automobiles est une marque premium du groupe Stellantis, autonome depuis juin 2014, et non une marque de luxe au même titre que Bugatti. Sa production s'éloigne par ailleurs de la France. La DS 7 a cessé d'être produite à Mulhouse, son successeur étant assemblé à Melfi, en Italie. Stellantis a confirmé l'arrêt de la fabrication de la DS 3 à Poissy d'ici 2028.
Venturi est-elle une marque française ?
Plus depuis 2000. Les ingénieurs français Claude Poiraud et Gérard Godfroy l'ont fondée en 1984 sous le nom MVS, à Couëron. La marque a fait faillite en 2000, puis a été rachetée le 12 juillet 2000 par le Monégasque Gildo Pallanca Pastor. Venturi est depuis une société monégasque, Monaco étant un État souverain. L'écurie Venturi Formula E a par ailleurs été rebaptisée Maserati MSG Racing à partir de la saison 9, en 2022-2023.